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FFM : BETI AND AMARE

Il y a bouillonnement d’idées, d’utopie sur les rapports de force et mélange de genres dans ce film d’un jeune cinéaste britannico-colombien d’origine allemande présenté au Festival des films du monde de Montréal.

Festival des films du monde, Montréal 2014

Festival des films du monde, Montréal 2014

En 1936, l’Éthiopie est le seul et unique pays d’Afrique qui n’est pas colonisé et donc pays et peuple considérés la propriété de l’un ou l’autre des pays colonisateurs. Mussolini y voit une ouverture vers les richesses de ses ressources encore libres d’occupant assaillant faiseur de lois.

Ethiopie 1936, une jeune femme se réfugie chez son grand-père qui n’a qu’une chèvre pour sa survie et un simple abri posé sur une vaste plaine où en allant chercher de l’eau elle se retrouve face à trois chevaliers fanfarons locaux qui s’amusent aux dépens des autres et qui se disent « protecteurs des lieux ». Après la visite d’un homme légèrement plus âgé qu’eux qui reproche au grand-père de laisser sa petite-fille aller chercher de l’eau seule avec sur le dos des vêtements « provocants » (ce qui de fait est un manque cruel d’éducation aux hommes et que l’on retrouve partout dans le monde), il part pour la ville et la laisse seule, complètement seule au milieu de cette lande semi-désertique avec des soldats italiens en pleine invasion quelque part dans le pays et des jeunes en mal de prouesses et de fanfaronnades qui rôdent dans les environs. Évidemment, les trois truands harceleurs rebondissent…

Écrit, réalisé et produit par Andy Siege qui y tient également un rôle, ce film n’a coûté que 14000 euros à produire. BETI AND AMARE traite d’un sujet difficile avec beaucoup de douceur et de poésie, alternant la couleur avec le noir et blanc ainsi que les scènes de science-fiction pour évoquer le fait que l’être humain lorsque confronté à des expériences trop horribles réussit dans sa tête à sortir son esprit et son âme de son corps dans le but de survivre. Cela sera utile à la jeune femme agressée jusqu’à ce qu’un beau jeune homme tombe du ciel et sorte d’un oeuf, nu comme un ver. Ne parlant pas la langue locale et aussi perdu que le petit prince, il trouvera accueil auprès de cette fleur du désert qui doit tout lui apprendre, amenant le film vers un renouvellement du monde. Un recommencement dans lequel les femmes ne seraient pas soumises aux élans sexuels des despotes qui se croient plus humains que ceux et celles dont ils abusent….

Il y a un incroyable bouillonnement d’idées dans ce long-métrage qui vers la fin joue un peu avec l’esprit de la bande dessinée.

Andy Siege, cinéaste

Andy Siege, cinéaste

J’ai eu le plaisir de rencontrer ce jeune cinéaste de grand talent au Festival des films du monde de Montréal le 22 août dernier. Voir l’entrevue sur Youtube.


Vues d’Afrique

Table ronde et critique du film Tant qu’il pleut en Amérique

En ce moment, Vues d’Afrique bat son plein et on annonce une table ronde qui devrait s’avérer fort intéressante pour demain jeudi sur le cinéma africain, de 15 h à 17 h, le jeudi 1er mai à l’Ex-ONF (1564 rue St Denis), le Quartier général du Festival BAOBAR.

Tant qu'il pleut en Amérique, film sur l'Éthiopie présenté à Vues d'Afrique

Tant qu’il pleut en Amérique, film sur l’Éthiopie présenté au festival de cinéma africain Vues d’Afrique

Un des films que je voulais absolument voir à ce festival de cinéma africain est Tant qu’il pleut en Amérique.

Le film débute sur un chanteur rasta présent à une émission de radio dans les Caraïbes : Desmond Martin en Jamaïque qui décide de quitter son île pour repartir en Éthiopie, pays où dit-on les Italiens auraient perdu la guerre « distraits par la beauté des femmes »… pays aussi où « aspirés par l’essor économique, plusieurs exilés reviennent. »

Tous les peuples appauvris se ressemblent
« Ce n’est pas parce qu’on a besoin d’investissements qu’on doit tout donner gratuitement. » Ce sont les paroles intelligentes d’un jeune homme d’affaires né en Éthiopie et ayant vécu aux États-Unis, de retour dans son pays où il a ouvert une business qui fait travailler un groupe de femmes que l’on dit fortes (heureusement, si je peux me permettre, quand on connaît une ou deux histoires des mutilations dont il n’est pas question ici). Cet Éthiopien remarquable considère que même si ses profits sont un peu moindres, si cela permet au pays d’évoluer socialement c’est bon. Qu’Allah ou Dieu et tous les autres l’entendent et multiplient cette pensée partout dans le monde et avisent au passage les ONG ainsi que l’OMC et tous les organismes qui gèrent la corruption et les fuites de capitaux y compris du Québec et du Canada !

Le film nous permet ensuite de découvrir un couple de passionnés, plus particulièrement la jeune femme qui a quitté son emploi d’enseignante pour créer des émissions télé à l’intention des préscolaires, émissions d’animation dans lesquelles ils apprennent aux enfants l’hygiène et autres considérations de base. Ils cherchent à obtenir du financement des multiples ONG présentes dans la capitale mais ce n’est pas facile. Nous savons tous que les montants les plus importants qui se baladent d’un pays à l’autre ont rarement pour but l’aide humanitaire… Quoi qu’il en soit, cette jeune femme a créé cette émission de télé pour donner une voix aux enfants à qui elle voudrait accorder de la dignité et elle rêve que l’émission célèbre un jour ses 40 ans.

Une autre portion émouvante du film est celle où le réalisateur nous emmène dans une banlieue pauvre où la plupart des femmes sont atteintes du SIDA en raison de la prostitution : « Quand elles vont mourir, où iront les enfants ? ». L’une d’elles s’exprime en pleurant : « Ma situation est devenue si compliquée que j’ai pensé aller au Moyen-Orient ». Un professeur élargit le débat : « Aujourd’hui dans les pays arabes, 95% des gens qui s’y rendent sont des femmes. Prostituées, ouvrières, domestiques. »

Le film sillonnera aussi le pays, quittant Addis Abeba après avoir discuté avec un jeune garçon qui travaille à l’épicerie de son frère, espérant un jour améliorer sa vie, de même que Mimi, une jeune femme que des Cubains ont emmenée à Cuba alors qu’elle n’avait que 4 ans parce qu’elle était trop belle. C’est sa mère éthiopienne qui l’a enfin retrouvée après d’interminables recherches. Mais Mimi a aussi une petite fille qui est restée à Cuba…

Le voyageur qui  dans son adolescence utopique avait acheté la chanson We are the World en pensant aider le monde quitte ensuite la capitale pour s’engager vers les terres brûlées du désert, vers d’autres villes d’un autre âge, vers d’autres gens, vers la terre promise des rastas et la terre d’origine du café, denrée exceptionnelle qui n’a pas apporté la richesse là où les multinationales se sont amoncelé des fortunes. Non, là où l’on trouve la ressource, les gens sont systémiquement pauvres et souffrent de malnutrition chronique en raison des substituts qu’ils peuvent encore se permettre, y compris la bonne parole à l’année.

Tant qu’il pleut en Amérique est vraiment un très beau film, avec des paysages incroyables et des témoignages vrais. Avec des comportements de fond qui nous ressemblent.

Le 30e Festival international du cinéma Vues d’Afrique se déroule du 25 avril au 4 mai.

Pour plus d’informations, visitez www.vuesdafrique.org.